Espéranto, 11 septembre et Père Noël

Sommes-nous capable de remettre nos croyances en question ? Si la plupart d'entre nous répondra sans hésiter par l'affirmative, nous sommes quand même en droit d'en douter, surtout lorsque l'on constate les réactions des internautes sur divers blogs et autres sites d'expression libre.

« C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt. » (Marguerite Yourcenar)

« Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. » (Arthur Schopenhauer)

Et pourtant, elle tourne !

Tout le monde aujourd'hui sait que la Terre est ronde, et toute autre suggestion serait tournée en ridicule. Pourtant, au tout début du XVIIe siècle, tout le monde était persuadé du contraire, et c'est l'idée d'une Terre ronde qui était tournée en ridicule, voire violemment attaquée. Si cet évènement a sans doute été l'une des plus importante remise en cause des croyances populaires de l'histoire de l'humanité, ce n'est ni la première, ni la dernière... Plus récemment, il y a eu la télévision, le vol d'engins plus lourds que l'air, les voyages spatiaux, etc. Autant d'idées auxquelles nul n'accordait crédit lorsqu'elles ont été énoncées, et qui sont aujourd'hui monnaie courante.

Quelles leçons avons-nous tirées ?

Nous sommes maintenant au XXIe siècle. Les choses ont changé. Un jour, un des mes professeurs a dit à toute la classe : « Ne croyez pas tout ce que je vous dit. Je peux très bien me tromper, même sans le savoir. Ne prenez pas pour argent comptant tout ce que l'on vous dit, qui que soit celui qui vous le dit. Vos dirigeants, vos professeurs, et même vos parents sont capables de faire des erreurs, de vous dire des bêtises en étant persuadé du contraire. Soyez capable de douter de ce que l'on vous dit, soyez capable de remettre en question tout ce que vous croyez. » C'est l'une des leçons qui m'a le plus servi dans ma vie, une leçon qui paraît être la base de tout apprentissage, la base de toute recherche. Et pourtant, c'est la seule fois où je l'ai entendue sur toute la durée de mes études. Mais peut-être est-ce une évidence pour tout le monde...

Entre doute et paranoïa

Doit-on pour autant douter de tout ? J'ai eu une récente expérience dans une école où un rapport signalait la présence d'amiante, tout en précisant que, de part son emplacement, il ne représentait aucun danger. Certains parents, affolés, ont choisi de mettre en doute le résultat de ce rapport et ont demandé que l'on fasse enlever l'amiante de toute urgence. Pourtant, si l'on remet en cause ce fameux rapport, si l'on refuse de croire ce qu'il raconte, pourquoi en croire la partie où il est dit qu'il y a de l'amiante dans le bâtiment plutôt que celle où il est dit que cela est sans danger ?

Comment faire, donc, pour conserver cet esprit critique, sans tomber dans la paranoïa ? La méthode semble pourtant simple. Lorsqu'un doute est possible, on peut essayer de se renseigner auprès d'autres sources, et même, dans la mesure du possible, trouver les réponses par soi-même. Ce n'est qu'en agissant ainsi que l'on peut être vraiment objectif. Pourtant, est-ce ainsi que nous faisons tous ?

Le Père Noël n'existe pas

Certains d'entre vous se demandent certainement quel est donc le rapport entre l'espéranto, le 11 septembre et le Père Noël... En fait, les deux premiers représentent des exemples de sujets dit « chauds » et défendus uniquement par une minorité de gens. Plus précisément, une minorité espérantiste défend l'emploi de l'espéranto face à la majorité qui soutient l'anglais à tout prix. De même, une minorité de sceptiques mettent en doute la version officielle des États-Unis sur les attentats du 11 septembre. À chaque fois, la minorité s'efforce de présenter son point de vue à force de démonstrations, documentations, preuves même. A chaque fois, l'écrasante majorité répond à coups de mots parfois très durs, et pourtant souvent sans véritable argumentation. A chaque fois, on a l'impression d'être face à un enfant à qui l'on vient d'annoncer que le Père Noël n'existe pas, et qui se met en colère car il refuse d'entendre la vérité.

Le but de l'article n'est ni de défendre l'espéranto, ni de défendre les « nouvelles théories du 11 septembre ». De même, je ne parle pas des personnes qui, ayant un avis opposé aux minorités énoncées, s'efforcent de trouver une contre-argumentation de bonne foi. Je souhaite juste comprendre comment un adulte de notre monde moderne est capable de traiter de « négationiste », « nationaliste », ou pire, ceux qui apportent un point de vue différent du sien, alors que lui-même refuse d'ouvrir les yeux, préfère jouer l'autruche et ne cherche même pas à savoir si ne serait-ce qu'une toute petite partie de ce qu'énonce la minorité est vraie. Est-ce qu'aujourd'hui encore, les vérités doivent obligatoirement franchir trois étapes ?

Stéphane Veyret, 8 avril 2007